LES FETES DE BOURBON-LANCY

Bourbon-Lancy, 21 août 1904
Les fêtes organisées à Bourbon-Lancy, à l’occasion du concours de la Société d’agriculture de l’arrondissement de Charolles, de l’inauguration de l’Hôtel des Postes et du monument élevé à la mémoire des combattants de 1870-71, morts devant l’ennemi, ont eu lieu aujourd’hui avec un plein succès. Bien qu’un peu contrariées par le temps, elles ont dépassé en éclat tout ce qu’on pouvait espérer.
Le ministre du Commerce, M. Trouillot, était venu, comme nos lecteurs le savent, représenter à ces fêtes le gouvernement de la République et donner en même temps à son éminent ami, M. le député Sarrien, un témoignage de sa haute estime.
M. Trouillot était arrivé dès la veille. Reçu à la gare de Gilly samedi, au train de 5 heures, par M. le préfet Diény, et M. le sous-préfet de Charolles, il arrivait le soir à 6h1/2 à Bourbon-Lancy. La petite gare de la Compagnie des chemins de fer départementaux était coquettement décorée, et une salle se trouvait gracieusement aménagée pour les réceptions.
Sur le quai de la gare, se trouvaient pour recevoir le ministre, MM. Ferdinand Sarrien, député et président du Conseil général de Saône et Loire ; Michel Sarrien, maire de Bourbon-Lancy ; Mitaine et Rainaud, adjoints au maire de Bourbon ; Sarrien fils, chef-adjoint du Ministre de l’Agriculture ; Geoffroy, ancien adjoint au maire de Mâcon, directeur des affaires civiles au Ministère de la Justice, etc., etc..
Les présentations faites, M. le Maire souhaite la bienvenue au ministre, qui répond en quelques mots aimables et le cortège se dirige chez M. Sarrien, député, où le ministre a passé la soirée dans l’intimité. M. Trouillot était accompagné de son chef-adjoint de cabinet, M. Maron.

La journée de dimanche

Dès le matin, des salves d’artillerie annoncent la fête. La ville est admirablement décorée. Partout des guirlandes de fleurs et de verdure, des arcs de triomphe, des maisons pavoisées : le spectacle est vraiment inoubliable et il semble qu’il y ait entre touts les villes de notre département une émulation pour mieux faire chaque année. L’année dernière c’était Digoin, hier encore c’était Charolles, aujourd’hui c’est Bourbon-Lancy et l’on ne saurait dire qui peut bien l’emporter de toutes ces villes qui se mettent en habits de fête pour recevoir leurs visiteurs. Il n’y a vraiment que dans notre département qu’on assiste à de pareilles fééries.

Au concours Agricole

La matinée du Ministre a été entièrement consacrée à la visite du Concours agricole, de l’hôpital et de l’établissement thermal.
A 9h ½ le cortège se rend au Concours agricole qui est remarquable à certains points de vue. Les machines agricoles ne sont peut-être pas représentées en dehors de l’exposition de M. Puzenat, mais le concours de bétail est remarquable et les produits agricoles sont en très grand nombre et de très belle qualité. Et pourtant il y avait à craindre que la température n’ait un peu gâté ces produits : il n’en est rien et le Ministre a pu admirer la belle production de notre Charollais.
M. le député Sarrien, qui est en même temps président de la Société d’agriculture, fait les honneurs de l’Exposition au Ministre, aidé par les membres du Jury, qui se sont prodigués pendant toute la journée et qui, malgré leurs fatigues, ont pu faire avec beaucoup d’impartialité le classement des produits.
Nous ne pouvons aujourd’hui, en raison de l’abondance des matières, donner le palmarès de cette intéressante exposition, mais nos lecteurs ne perdront rien pour attendre, et nous donnerons « in-extenso » la liste des lauréats.

A l’Hôpital et aux Thermes

Du Concours agricole, le Ministre se rend ensuite à l’hospice. On sait que l’hospice de Bourbon-Lancy est un des plus riches, sinon le plus riche, du département. Il est propriétaire de l’établissement thermal qu’il loue à M. Levat, fermier.
Le Ministre admire les magnifiques salles de bains qui viennent d’être construites et qui ont coûté, paraît-il, trois cent mille francs.
A 11 heures, le Ministre se rend à l’établissement thermal où il est reçu par le Conseil d’administration, qui lui montre toutes les installations nouvelles qui font de Bourbon-Lancy, une des stations balnéaires les mieux aménagées de la France. On sait que l’établissement a été très éprouvé par une inondation, mais déjà il n’y paraît plus et les baigneurs retrouvent là tout le confort d’autrefois.

Le Banquet

A midi, on se rend au banquet organisé par la Municipalité, dans une ancienne église désaffectée, classée comme monument historique et qui est en effet remarquable comme église de l’époque romane. On y est d’ailleurs très au frais, ce qui n’est pas négligeable par ces chaleurs intolérables.
C’est M. Trouillot qui préside, ayant à sa droite MM. Sarrien, député ; Diény, préfet ; Simyan, député, Clémentel, député du Puy de Dôme et le colonel du 29e de ligne. A sa gauche, MM. Sarrien, maire ; Magnien, sénateur ; Chaussier, député ; M. le sous-préfet de Charolles. Notons également à la table d’honneur le commandant de gendarmerie de Mâcon, le directeur des Postes de Saône et Loire ; MM. Chavet, Thomas, Poncet, Pontalier, Cochet, conseillers généraux ; Métenier, Canis, conseillers d’arrondissement ; Mitaine et Rainaud, adjoints à Bourbon ; les conseillers municipaux de Bourbon, les maires de la région, le tribunal de Charolles et un grand nombre de fonctionnaires.
La banquet ne compte pas moins de 250 convives. Le diner servi l’hôtel François est très bien composé ; qu’on en juge :

Hors d’oeuvre
Saumon sauce verte
Filet de bœuf Renaissance
Jambon à la gelée
Gigot d’agneau au cresson
Haricots verts
Buisson d’écrevisses
Bombe glacée
Desserts variés

Au champagne, les toasts commencent. C’est M. le Préfet qui ouvre la série, et qui après avoir flétri, comme il convient, le patriotisme de parade, la patriotisme tapageur des nationalistes, rend un juste hommage à M. Trouillot et à M. Sarrien et termine aux applaudissements de tous en portant le toast traditionnel au Président de la République.
Après lui, M. Sarrien, maire, remercie M. le ministre et les membres du Parlement, M. le Préfet et tous les invités d’être venus en si grand nombre  pour contribuer à l’éclat  de cette fête. Il porte un toast au gouvernement de M. Combes, qui a su si bien poursuivre l’œuvre de laïcisation attendue par tout le pays et qui mérite la confiance de toute la démocratie.
M. Sarrien, député, remercie le Ministre et dit que c’est pour lui un devoir agréable, - car il a avec lui de vieilles et cordiales relations, - de lui dire, au nom du Comité et de la Société d’agriculture, tout le plaisir qu’il éprouve à le recevoir et à saluer à Bourbon-Lancy le représentant  du Gouvernement de la République.
M. Sarrien remercie également les membres du Parlement, le Préfet, les conseillers généraux, ainsi que le colonel Bazin, du 29e, d’être venus faire cortège au Ministre. Il dit que tous les républicains sont unis dans un même dévouement à la République et à la Patrie.  Il rappelle que Saône et Loire, le Jura ont toujours été au premier rang des défenseurs de la République, et qu’à Bourbon-Lancy également les républicains ont toujours été disposés à marcher de l’avant pour la défense de la République.
En terminant il excuse M. Mougeot, ministre de l’Agriculture, auquel sa santé n’a pas permis d’être présent et termine en buvant au Ministre du Commerce et au Gouvernement de M. Combes, qui défend énergiquement les principes laïque (vifs applaudissements).
M. Trouillot, ministre du commerce, dit ensuite combien il est heureux de la sympathie qui lui a été témoignée. Ce fut un plaisir pour lui de venir à une fête aussi charmante. Il n’oublie pas, comme vient de le rappeler M. Sarrien, que le département de Saône et Loire et celui du Jura sont depuis longtemps liés par une confraternité d’armes. Il rappelle que dans les dernières élections municipales et cantonales les deux départements ont, comme toute la France, acclamé une fois de plus le Gouvernement républicain. Le mérite en revient au pays et à la démocratie qui encourage et fortifie la marche du Gouvernement.
Le ministère actuel ne fait que continuer l’oeuvre du ministère précédent. Mais il la continue en marchant de l’avant. On lui a fait le reproche de marcher trop de l’avant, mais il ne pouvait piétiner sur place. D’autres viendront, qui iront plus loin encore ! L’oeuvre n’est pas encore terminée et il apparaît que l’Eglise est condamnée et qu’il faut en finir avec cet instrument diplomatique non respecté par le Clergé et qu’on appelle le Concordat, il y a une incompatibilité qui ne peut durer plus longtemps.
Nous ne reculerons pas et nous sommes sûrs d’être suivis par tout le pays (Vifs applaudissements)
N’oublions pas de noter que pendant toute la durée du banquet, la musique militaire du 29e de ligne a charmé les convives, en jouant les meilleurs morceaux de son excellent répertoire. Citons en particulier, un pot-pourri de bourrées limousines, nivernaises et charollaises, qui a été très goûté de l’auditoire et très applaudi. Remercions le colonel du 29e de ligne de nous avoir procuré cet agrément.

Au monument des Combattants

Mais le temps presse. On se hâte de terminer le diner et le cortège précédé de la musique militaire et de l’excellente fanfare de Bourbon-Lancy, se rend au monument des combattants dont on va faire l’inauguration.
Ce monument qui s’élève à côté de l’Hôtel des Postes, est une œuvre très remarquable, due au sculpteur charollais M. Béguine. Il représente un soldat appuyé sur son fusil et qui regarde fièrement du côté de la frontière.
Quand le cortège arrive devant la monument, le voile qui le recouvrait tombe et le laise apparaître dans toute sa beauté.
Le Ministre prend place au fauteuil de la présidence, tandis que la musique joue la « Marseillaise », puis il donne la parole à M. Fornel, ancien colonel de la 3e légion des mobilisés de Saône et Loire, qui fut l’initiateur de la souscription pour faire élever ce monument, et qui rappelle le rôle Saône et Loire pendant la guerre de 1870-71.
Il termine en saluant ses anciens frères d’armes et MM. Sarrien et Gravier, anciens capitaines ainsi que M. Merle, lieutenant.
M. Sarrien, député, prend ensuite la parole et remet le monument entre les mains de la municipalité. Il prononce un discours patriotique très applaudi dans lequel il rappelle le rôle de l’Empire dans nos défaites et dit que c’est à cause de lui que nous avons été battus.
Il fait l’éloge de M. Béguine, sculpteur médaillé au Salon et de M. Boutheron, architecte.
M. Sarrien, maire, déclare qu’il reçoit avec plaisir le monument qui lui est remis.
La ville de Bourbon-Lancy saura toujours s’inspirer de l’exemple des combattants de 1870-71.
M. Chaussier, député, apporte le salut des populations chalonnaises aux populations de Bourbon-Lancy.
Enfin, M. Trouillot prononce un éloquent discours et rappelle comme l’a fait M. Sarrien le rôle de l’Empire et sa responsabilité dans nos défaites. Il dit que la République a su reconquérir le rang perdu et que le pays n’oubliera jamais son rôle dans le relèvement de la Patrie !
Quand les discours, tous très applaudis, sont terminés, le ministre remet les décorations suivantes :

Les décorations

Officier de l’Instruction publique : M. Thomas, conseiller général
Officiers d’académie : M. Bard, directeur de l’école de Bourbon-Lancy ; M. Bouland, président du tribunal de Charolles ; M. Daniel, maire de Marcigny ; M. Desmurger, instituteur en retraite à Saint-Maurice-les-Châteauneuf ; M. Guillemet, architecte-voyer à Bourbon-Lancy ; M. Pillard, greffier à Cuiseaux ; M. Pommier, chef de la fanfare de Bourbon-Lancy.
Officiers du mérite agricole : M. Gailleton, maire de La Guiche ; M. Mélénier, conseiller d’arrondissement.
Chevaliers du mérite agricole : M. Berthier, instituteur à Bourbon-Lancy ; M. Lambost, éléveur à Changy ; Leclerc, propriétaire à Martin-sur-Arroux.
Médailles d’honneur des postes : M. Lacroix, facteur à Bourbon-Lancy ; M. Devillard, facteur à Génelard.
Chevalier de la Légion d’honneur : M. Béguine, statuaire à Paris.

A l’Hôtel des Postes

Au sortir de l’inauguration du monument, le cortège se rend l’Hôtel des Postes, dont l’inauguration a été faite. C’est un monument très remarquable et supérieur à ceux du département. Il serait à souhaiter que Mâcon en ait un semblable.
Après la visite de l’Hôtel des Postes, le cortège se rend à la mairie où a lieu la distribution des prix du concours agricole.
En terminant, nous n’aurons garde d’oublier de remercier tous les organisateurs de ces belles fêtes dont Bourbon-Lancy gardera longtemps le souvenir.

L’Union Républicaine – lundi 22 août 1904

 


 

Le Journal du Charollais et du Brionnais – dimanche 28 août 1904

BOURBON-LANCYGRANDES FETES

Dimanche dernier à l’occasion du concours agricole cantonal et d’arrondissement et aussi de l’inauguration du nouvel hôtel des postes et du monument élevé à la mémoire des soldats du canton tombés au service de la patrie pendant la néfaste guerre de 1870-71, Bourbon-Lancy avait organisé des fêtes splendides.

Durant tout le mois qui les a précédées, les habitants ont rivalisé de zèle et d’entrain pour orner, décorer et pavoiser de guirlandes et de fleurs les rues, les places et les maisons particulières. Partout :

Ce ne sont que festons, ce ne sont qu’astragales
Et mon esprit se perd dans ce beau dédale !

La ville entière, y compris les hôtels et les bâtiments du Casino des thermes présente avec ses mâts, ses drapeaux tricolores, ses arcs de triomphe et ses sapins un coup d’œil d’un palais enchanté des « Mille et une nuits »

La veille, par le train de 7 heures du soir arrivait M.Trouillot, ministre du commerce, de l’industrie, des postes et télégraphes.

Il est reçu aux accents de la « Marseillaise » que jouait la société musicale, par M.Sarrien, député, qui lui présente successivement le conseil municipal et les fonctionnaires, puis le cortège se reforme précédé de la musique de la Cie des sapeurs-pompiers que commande M. Lachouette, sous-lieutenant et se dirige vers la belle habitation de M.Sarrien, où descend M. le Ministre.

Dans la matinée du dimanche, M. le Ministre, entouré de M. le Préfet, de M. Sarrien, etc. fait une visite au bel établissement thermal de Saint-Léger et ensuite parcourt les diverses sections du concours et félicite chaudement les exposants.

BANQUET – A midi 300 convives prennent place autour d’une longue file de tables ornées avec goût et dressées dans la nef de la vieille église Saint-Nazaire, classée au nombre des monuments historiques. Au cours du repas, la musique du 29ème régiment de ligne se fait entendre. Nous remarquons à la table d’honneur, aux côtés de M. le Ministre, M. Martin, sénateur, MM. Sarrien, Chaussier, Simyan, députés, M. Clémentel, député de Riom, M. Sarrien, maire, M. Bazin colonel du 29ème, le commandant et le capitaine de gendarmerie etc.

Au champagne, des toasts sont portés par M. le Préfet, MM. Sarrien, maire et Chaussier députés et par M. Trouillot.

Tous ces discours, notamment celui de M. le Ministre qui justifie et soutient la politique du gouvernement comportent un grand développement que le cadre restreint de notre journal en nous permet pas de rapporter ici.

A 3 heures a lieu, sous la présidence de M. le Ministre, l’inauguration du monument élevé à la mémoire des soldats morts pendant la néfaste guerre franco-allemande.

Leurs camarades survivants sont rangés devant le monument ; le plus âgé d’entre eux porte le drapeau. Le voile tricolore tombe et la belle statue représentant le sergent Bobillot apparaît ; elle est saluée par de frénétiques applaudissements.

L’honorable M. Fornel qui porte à la boutonnière le signe de la Légion d’honneur et qui a eu sous ses ordres les mobiles du canton prend la parole et retrace les larmes aux yeux les péripéties de la campagne qu’il a menée au cours de laquelle ont succombé les héros modestes dont les noms figurent sur le socle du monument.

Il dit tous les enseignements que rappellera ce monument aux générations futures et notamment aux jeunes gens. Après lui, M. Sarrien député et M. le Ministre prononcent des discours de haut patriotisme que nous regrettons, vue leur étendue de ne pouvoir reproduire.

A l’issue de cette touchante cérémonie qui s’est accomplie au milieu de cette assistance énorme, a eu lieu l’inauguration de l’hôtel des postes qui présente une installation ne laissant rien à désirer sous le rapport de l’hygiène et du confortable des services.

Enfin, à 5 heures, sur la place du marché, toujours sous la présidence de M. Trouillot, il est procédé à la distribution des récompenses aux lauréats du concours.

A l’ouverture de la séance, M. Sarrien, député et après lui M. le Ministre prennent la parole pour féliciter les exposants et encourager leurs efforts dans la voie du progrès agricole et dans les luttes qu’ils soutiennent chaque jour pour l’accomplissement de leurs rudes travaux.

A 9 heures, M. le Ministre quittant Bourbon-Lancy pour rentrer à Paris, son départ et son arrivée ont été salués par des salves d’artillerie. Après le feu d’artifice a eu lieu sur la place des Capucins, où se trouve le kiosque, un délicieux concert donné par la musique du 29ème qui a été un véritable régal pour les amateurs.

A ce moment, les illuminations jettent de tous côtés leurs feux multicolores et l’animation est énorme dans les rues et notamment dans les bals populaires et près des baraques foraines.

Délicieuse journée dont le souvenir fera époque dans les annales de la coquette cité thermale de Bourbon-Lancy.

                                                                                   UN COMBATTANT DE 70-71

Nota : A la cérémonie de l’inauguration du monument M. le Ministre a remis plusieurs décorations dont nous donnerons la liste dans notre prochain numéro.